J’ai accueilli mon Ombre

Cet article fait uniquement référence à mon vécu, il n’a pas vocation à s’ériger comme Vérité Absolue. Gardez votre libre arbitre sous le coude, suivez votre propre route, et puisse cet article mettre des mots sur celles qui se reconnaîtront dans cette partie de mon parcours personnel.

Quand on est une femme qui commence à s’intéresser au développement personnel, à la spiritualité, on tombe sur un concept, celui du Féminin Sacré (je vous invite, non, je vous ordonne, à découvrir le merveilleux livre Femmes qui courent avec les loups de Clarissa Pinkola Estés. Ce livre est une pépite comme on en croise trop rarement).

Féminin Sacré donc. Le pôle féminin de notre être, tout individu (homme comme femme) étant composé de féminin et de masculin, bien représenté par le Yin-Yang.

Cette partie féminine, que l’on peut rattacher aux valeurs suivantes (liste non exhaustive) : douceur, accueil, compassion, générosité, passivité, réceptivité, intuition, Lune, émotions, être… Par « opposition » au pôle masculin : action, structure, Soleil, rationalité, force, faire, etc…

Ces valeurs féminines sont opprimées (aussi bien chez les hommes que chez les femmes donc) : on nous interdit de montrer nos émotions, et quand ça nous arrive, c’est qualifié de faiblesse, toujours être dans le « faire », écraser l’autre pour y arriver, etc. Les valeurs masculines sont poussées à l’extrême, et dénuées de la polarité féminine, cela donne la violence dont chaque jour nous donne un aperçu.

Quand on pousse la recherche un peu plus loin, on découvre un nouveau concept « le couple intérieur ». Késako ?

Au début, je pensais qu’il s’agissait purement et simplement de sexualité (petite naïve). Je me suis donc dirigée vers la notion de sexualité sacrée. J’ai découvert le tantra, les exercices de respiration etc. Un monde extrêmement riche, que j’ai découvert avec beaucoup de curiosité, de soulagement aussi. Je trouvais enfin un écho retour au regard que je portais sur la sexualité « mainstream » : quelque chose de cérébral, de violent, de malsain. J’ai enfin compris qu’il existait une autre sexualité, une sexualité qui résonne avec mes valeurs (enfin !).

Mais ce n’était pas le sujet, et le passage à l’année 2016 me l’a bien fait comprendre.

Jusque-là, je me complaisais dans l’archétype de la Femme Sacrée, de la Femme Sauvage : une créature Libre, qu’on ne domestique pas. Les soirs d’errance internetistiques, j’allais me perdre sur Tumblr, à la recherche de belles images (autant vous dire que mon majeur, chargé du clic droit de la souris s’est considérablement musclé 😉 ). Je vibrais à la vue de ces femmes aux cheveux longs, au visage peint, au regard farouche. Cela me rappelait une phase pénible de ma vie, où perdue en dehors de moi-même, je peinais à retrouver ce que j’appelais « ma fougue de petite fille ». J’avais l’impression de l’avoir retrouvée.

Et puis, au fur et à mesure de mon parcours, j’ai gratté un peu plus de la crasse qui entrave mon vrai moi. Ce qui a eu une conséquence insoupçonnée : je me suis retrouvée face à ma part d’ombre, en pleine face. Une part pleine de violence, une part belliqueuse. Elle venait me rendre visite de plus en plus souvent, et, de trouille, je lui claquais la porte au nez. Mais bien sûr, cela se faisait si rapidement, si inconsciemment, que cela passait (presque) inaperçu.

De ne pas être entendue, elle a grossit. Et grossit. Si bien que lorsque la Vie m’a mise devant le fait accompli, j’avais en face de moi une Bête cornue, hideuse, à la voix terrible. Oups.

Chaque article spirituel que je lisais, le genre d’article chargé de tout plein de lumière, la faisait se débattre et rugir là, tout au fond. Elle en avait assez de toute cette lumière, elle voulait que je descende dans son antre pour lui rendre visite.

Le travail d’alchimie intérieure a commencé. Je le faisais par toutes petites touches, avant de vite meubler le silence par tout un tas de stratagèmes.

Et puis 2016 approchait. J’avais ce besoin, un besoin viscéral, de me retrouver seule pour le jour de l’An. Cela faisait environ un mois que l’obscurité et le silence m’appelaient, que je ne me sentais à l’aise que dans le noir, sans bruits. Je me surprenais à avoir besoin de prendre la route, m’arrêter au bord d’un champ, et marcher dans la nuit hivernale, SEULE.

Je m’amusais de voir que cela coïncidait avec mon cycle menstruel, où au moment de ses règles (aussi appelées Lunes), une femme reconnectée à sa nature éprouve le désir de s’isoler pour plonger dans sa propre obscurité, pour opérer un travail d’alchimie en elle : affronter ses démons, laisser mourir ce qui doit mourir, pour ensuite, ses règles terminées, renaître au Printemps de la Vierge, un des quatre archétypes symbolisant une des quatre phases qu’une femme traverse tout au long de son cycle (pour en savoir plus sur ce sujet, lisez Lune Rouge de Miranda Gray, un MUST HAVE à avoir dans sa bibliothèque).

Quelques jours avant le réveillon donc, le travail a commencé, mais je sentais que je ne plongeais pas au fond. Les prises de conscience s’enchaînaient, sans pour autant m’entraîner dans les Limbes.

Mon mental se débattait avec les étiquettes qu’il avait posé pour se rassurer. Je sentais cette dualité en moi, Lumière/Ombre, et je n’arrivais pas à la gérer, à l’assumer.

C’est le 2 janvier en fin de journée que j’ai fermé les yeux, mettant à profit un ressenti inexpliqué de nostalgie et de tristesse, pour plonger, enfin. Il était temps.

Les yeux fermés, je me suis vue sur un espace de terre battue, dans un paysage irréel. En face de moi, une porte, un portail, c’était vague. Et puis les peurs, les blessures, les pulsions, ont commencé à passer le portail et à se tenir devant moi. La première, les cheveux semblables à des tentacules de poulpe, me regardait d’un air tellement triste… Elle incarnait cette blessure ressentie, alors qu’à 11 ans, j’ai entendu deux adolescents comparer mes insoumis cheveux bouclés à des tentacules de poulpe. Telle autre, avec de drôles de cheminées sur la tête, incarnait la peur de finir seule. Je ne me rappelle plus exactement combien sont sorties de ce portail. Je me rappelle d’une, au visage acéré, le nez en aiguille, aux yeux blancs, le teint verdâtre, qui jugeait tout négativement. Effrayante. Une autre, la peau rouge et les yeux en feu, qui s’arrachait le visage, était cette violence que je porte en moi.

Puis est entrée une peur, une peur gigantesque. Celle d’aller en Irlande. Les synchronicités me poussent vers ce beau pays que je porte dans la peau depuis toujours, mais j’ai peur. Bigrement peur.

Elle était un robot rouge, gigantesque, aux cornes jaunes.  Jusqu’à ce moment, je n’avais pas pris la pleine mesure de cette peur. Elle ne me voulait aucun mal. Elle me regardait, simplement.

Et puis est monté l’envie de les serrer dans mes bras, les unes après les autres. Les larmes ont coulées. Toutes étaient tristes, profondément tristes. Je les serrais fort, et je leur disais, sans passer par le langage humain, combien j’étais désolée de les avoir laissées sans soin depuis aussi longtemps. Combien je m’excusais et que je m’engageais à les écouter au lieu de les enfermer au fond de mon être à double tour. Je me suis lovée contre le doigt du grand robot rouge.

Et quelque chose s’est produit : après que l’on se soit toutes enserrées, toutes les peurs se sont mises à fusionner. A la fin du processus, ce que j’avais en face de moi m’a laissé… complètement démunie : c’était moi, petite fille. Les boucles blondes, le regard bleu, le regard grave et sérieux, c’était bien moi ! Nous avons brièvement échangé, et je me suis jeté dans ses bras pour la réconforter. Je sentais sa vulnérabilité due à son jeune âge, mais je me souviens également avoir été surprise par la force et l’ancrage de son corps de petite fille.

J’ai compris que ces créatures, laides et effrayantes, c’était MOI. Juste MOI. Quelques secondes plus tard, elle a fusionné avec mon corps, et ce dernier a pris quelques centimètres. J’ai donc grandi d’avoir regardé, accepté et aimé mes peurs et blessures (ma part d’Ombre en fait) en face.

J’ai ressenti de la paix suite à cette visualisation. Les larmes coulaient toujours, mais j’avais l’impression d’être plus entière que je ne l’avais jamais été.

Et j’ai compris. J’ai compris que je n’avais pas à avoir peur de cette puissance que je porte en moi, une puissance que j’appelais, encore un jour auparavant, « la Bête ». Que cette violence, cette puissance, cette soif d’en découdre avaient leurs qualités qui, associées à ma part lumineuse, donneraient quelque chose de grandiose. Que je pouvais utiliser la froideur de cette violence pour ne pas fusionner avec l’autre et aller aussi loin que nécessaire, que je pouvais utiliser le plaisir ressenti à combattre pour savoir où se trouve ma place et tenir la distance, que je pouvais utiliser l’efficacité de cette violence pour viser juste et rapidement. Que toutes ces qualités, originaires de l’Ombre, et mises au service de la Lumière, allaient m’aider à accomplir ma mission, à savoir éveiller l’Humanité à qui elle est réellement, pour qu’elle puisse procéder à un choix, en toute Conscience.

Ce m’a rappelé la fin du film Harry Potter et l’Ordre du Phénix. Souvenez-vous de la scène où Voldemort prend possession d’Harry. Alors que Harry lutte, Dumbledore lui dit alors que ce qui compte, ce n’est pas les ressemblances partagées avec notre ennemi, mais ce que nous choisissons d’en faire.

J’ai compris, pour relier cette expérience au reste de l’article, que je venais en fait d’intégrer mon Masculin Sacré. Jusque-là, j’étais arrangeante, accueillante, j’arrondissais les angles et donnait sans compter. Ma part de Féminin Sacré était déjà là, mais il me manquait la polarité complémentaire. Je viens enfin de lui ouvrir la porte. Cette prise de conscience effectuée, je me suis endormie, apaisée, et tellement reconnaissante.

Pour la petite anecdote, au moment où j’ai compris que je venais de retrouver une part de moi-même, j’ai eu une image : je me voyais nue, en train de recoller la part de Masculin Sacré fraîchement retrouvée. La pièce manquante du puzzle était située sur ma hanche droite. Pour ceux que la symbolique des parties du corps/maladies intéresse, sachez que le côté droit est le côté de la pleine conscience, le côté masculin, et que la hanche symbolise à la fois l’action d’avancer (le mouvement de la jambe commence dans la hanche), et le lien entre entreprendre et la structure (symbolisée par le dos)…

Je ne me suis jamais sentie aussi entière, aussi complète, comme si j’avais recollé tous les morceaux et que je pouvais enfin tracer le contour de mon être. L’image qui m’est venue est celle d’un œuf doré, œuf qui contient le germe de la Vie, de toutes les possibilités… Autant vous dire qu’avec un tel début, je frétille à l’idée de vivre l’année 2016 😀

Après cette expérience, je suis allée errer sur certaines pages Facebook. Et je suis retombée (le hasard n’existant pas, si si je vous jure !) sur un texte qui m’avait touchée. Un texte sur lequel j’étais déjà tombé il y a quelques mois, sans pour autant donner suite. Un texte où, en écho à une lettre d’excuses des Hommes au Féminin Sacré, une femme présentait une lettre d’excuse au Masculin Sacré. Je l’ai relu, et tout est devenu clair.

Jusqu’à maintenant, je me complaisais dans le Féminin Sacré (doux, confortable) longtemps oppressé. L’archétype de la Femme Sauvage opprimée reprenant ses droits vibrait en moi.

Je n’avais juste pas compris que le premier oppresseur de cette « fougue de petite fille », c’était MOI. Blessée par le passé, ma part d’Ombre avait réclamé que le sang soit versé. Inconsciemment effrayée par cet afflux de violence, je m’étais faite le premier censeur de cette tendance de moi-même. Je m’auto-muselais. Émotions, désirs, pulsions, tout ce qui pouvait ressembler et attiser cette immense puissance était immédiatement mis au pas de la bienséance et de l’acceptable. Le Masculin Sacré est donc passé à la trappe. Je m’étais en fait auto-amputée de ma force de vie, de cette fougue que j’ai longtemps cherchée.

Oui, je partage avec l’Ombre la soif d’en découdre et une forme de plaisir à combattre.

Mais ce qui compte, c’est au service de Quoi je les mets.

Merci de m’avoir lue.

Je voudrais conclure cet article par un extrait du livre Femmes qui courent avec les Loups de Clarissa Pinkola Estés :

 

« Nous éprouvons toutes un ardent désir, une nostalgie du sauvage. Dans notre cadre culturel, il existe peu d’antidotes autorisés à cette brûlante aspiration. On nous a appris à avoir honte. Nous avons laissé pousser nos cheveux et nous nous en sommes servies pour dissimuler nos sentiments, mais l’ombre de la Femme Sauvage se profile toujours derrière nous, au long de nos jours et de nos nuits. Où que nous soyons, indéniablement, l’ombre qui trotte derrière nous marche à quatre pattes ».


Texte personnel, tous droits réservés, sauf extrait tiré de « Femmes qui courent avec les loups ».
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2 réflexions sur “J’ai accueilli mon Ombre

  1. Caroline,
    merci pour ce témoignage qui m’a beaucoup touchée. Il n’y a pas de hasard, je suis d’accord avec toi, et te lire à ce moment clé de ma vie est un clin d’oeil, un cadeau que je reçois avec une infinie gratitude. Tu as une très belle façon de décrire tes sentiments, certaines phrases font écho à mon propre chemin, et je ne suis sûrement pas la seule. Alors merci de dire l’universel, de prendre le temps de te connaître et de permettre à d’autres d’avancer. J’ai fait un stage récemment où j’ai pris conscience de l’importance de concilier son féminin et son masculin, d’embrasser toutes ses facettes, autant celles de l’ombre que de la lumière.
    ca me rend heureuse de constater que quelque part un fil nous relie, tous , dans une quête vers une unité et un bien être

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